EPMC La Ruche Paris, école de graphisme et de design
Expositions à voir et articles culturels 
 

13/12/2011-16/01/2012 - Exposition au musée du Louvre : "Au royaume d'Alexandre le Grand : la Macédoine antique"

Exposition au musée du Louvre : "Au royaume d'Alexandre le Grand : la Macédoine antique"Il a fallu attendre si longtemps... depuis 1861 et les premières découvertes, depuis le début des grandes excavations en 1912, interrompues par deux Guerres Mondiales, jusqu'à l'extraordinaire série de trouvailles de l'archéologue grec Manolis Andronikos depuis 1977, qui font soudain surgir de terre les traces du roi Philippe II, de son fils Alexandre le Grand, d'Eurydice, et de leur entourage si illustre : Ptolémée Ier, Aristote, Lysippe, Appelle, Zeuxis...
Nous devions nous contenter de rares publications, dans la revue du National Geographic* et de quelques ouvrages de spécialistes, pour réaliser l'importance des bouleversements que ces fouilles impliquent : une révolution dans l'histoire de l'art antique, telles ces sublimes fresques du quatrième siècle avant Jésus-Christ attribuées à Nichomachos, qui révèlent une maîtrise parfaite du nu, du mouvement, du drapé, de la couleur... et même de la perspective !
Enfin, et grâce à une collaboration étroite entre le Louvre et l'administration grecque des Antiquités, les trésors de Macédoine sont exposés, et ce sont des siècles d'histoire jetant les bases des cultures et des arts d'Europe, d'Asie et d'Afrique qui s'imposent aux regards comme une nouvelle donne, en réarticulant les diversités des cultures helléniques et l'incroyable exploration du monde par les armées d'Alexandre : pas moins de onze "Alexandrie" seront bâties, de l'actuel Afghanistan à l'Egypte, de la Péninsule arabique à la Bulgarie.
Fresques donc, mais aussi mosaïques, bronzes en bas-reliefs comme en rondes-bosses, sculptures en terre cuite polychrome ou en marbre, céramiques peintes, armures ornées d'or, objets d'art en verre, somptueux bijoux d'or et de pierreries, orfèvrerie d'argent massif, et jusqu'aux objets du quotidien sont autant d'émouvants et spectaculaires témoins de l'immense développement artistique d'une grande civilisation trop longtemps oubliée, et même négligée... nul doute que les prochaines décennies nous apporteront encore d'étonnantes découvertes, si l'on comprend que ce ne sont pas moins de deux capitales et d'immenses nécropoles qui restent à explorer : bien des trésors attendaient – et attendent encore - depuis 2500 ans, patiemment, de retrouver la lumière.

Du 13 octobre 2011 au 16 janvier 2012, tous les jours sauf mardis, de 9 à 18h, (nocturnes les mercredis et vendredis jusqu'à 22h, à privilégier pour une visite sereine !)
Exposition au musée du Louvre : "Au royaume d'Alexandre le Grand : la Macédoine antique"

* La première publication des fouilles dans la revue américaine (1979, texte original) servira prochainement de support de travail dans le cadre du cours d'anglais des classes de MANAA.


Du 25/03 au 11/07/2011 : Exposition, « Dans l’intimité des frères Caillebotte, peintre et photographe »

Gustave CAILLEBOTTE

Gustave CAILLEBOTTE ( 1848 - 1894)

Une fête : quinze ans d'attente, et revoici Gustave accompagné de son frère Martial, dans le cadre somptueux d'un grand et bel hôtel particulier-musée du boulevard Haussmann, pour notre plus grand plaisir.

Des salons superbes, un escalier en forme de chef-d’œuvre, et voici les remarquables collections permanentes de la Renaissance italienne … moins fréquentées que les salles d'exposition, qui nécessitent d'approcher de près les tirages argentiques, et de prendre du recul face aux toiles et aux panneaux décoratifs.
Ici rayonnent les peintures de Gustave et les photographies de Martial : de précieux regards sur les rapports du « grand art » qui se révolutionne au XIXème par le contact étroit avec la technologie naissante de l'image instantanée (comme chez Delacroix, Degas, Toulouse-Lautrec), et ces rapports amènent l'invention du cadrage, en relation avec les spectaculaires perspectives plongeantes des estampes japonaises que les artistes frères explorent sous tous les angles des balcons parisiens.
À travers son témoignage unique des révolutions urbaines et picturales, Caillebotte inscrit ainsi dans chaque image l'impermanence de son siècle, sa nouvelle nature instantanée et éphémère, ou mieux sa fugacité, à la manière des grands maîtres japonais.
Encore d'autres thématiques partagées, celle des jardins et des voiliers : des passions communes aux deux frères et à leurs amis Monet et Renoir, parmi lesquels Gustave hésite et se situe, entre portraits brossés (Madame Renoir) et paysages inversés dans l'étang (Les pêcheurs à la ligne), en passant par les régates sur la Seine, le régal du peintre-champion de voile. Partout sont en jeu les mutations majeures de la ville et des banlieues, ces symboles de la modernité qui propulsent dans la peinture une véritable réinvention du paysage urbain et industriel : hommage est enfin justement rendu à l'artiste méprisé (à l'époque de son legs) par le Louvre, grâce à de rares tableaux issus de collections privées, et jamais exposés au public.
d'Allonnes

Exposition « Dans l'intimité des frères Caillebotte » au musée Jacquemard-André,
du 25 mars au 11 juillet 2011, tous les jours de 10h à 18h, lundis 21h30.
Notre conseil : préférez les lundis, de 10 à 11 h (et plus pour les salles italiennes du
musée), ou le soir en nocturne jusqu'à 21h30.

 

Du 10/03 au 05/06/2011 : exposition « Jean-Louis Forain, la comédie parisienne »

Jean-Louis Forain Jean-Louis FORAIN (1852 - 1931)

Formé dans sa jeunesse par André GILL et Jean-Baptiste CARPEAUX, devenu après la Guerre de 1870 l'ami (et le colocataire) d'Arthur RIMBAUD, et surtout le fidèle d'Edouard MANET et d'Edgar DEGAS, FORAIN est un artiste passionnant, adulé en son temps et très injustement oublié depuis.
Impressionniste fort actif (il participe à quatre des expositions du groupe), exposé à New-York, Pittsburg, Bruxelles, Londres et Paris (aux Arts Décoratifs), il reste connu en France pour les centaines de dessins de presse qu'il publia pendant une quarantaine d'années (dans le Figaro et autres journaux), dont le trait et l'esprit incisifs ont fait la fortune critique.
Mais FORAIN étonne encore davantage par la richesse de son art : virtuose du crayon et de la lithographie, il excelle dans la peinture comme à l'aquarelle, démultiplie les audaces expressives par des réalisations en technique mixte aux associations originales, des éventails, des affiches, développant ainsi les voies ouvertes par DEGAS et suivies par TOULOUSE-LAUTREC, son grand admirateur.

Comme eux, il brossera un portrait acerbe des coulisses de l'Opéra, des lieux d'élégance, des cafés et des maisons closes, en un précieux témoignage pictural s'étalant du XIXe siècle aux Années Folles.
Le caricaturiste PLANTU préface le catalogue et dialogue avec l'artiste dans la très attendue exposition du Petit Palais, dont la qualité de programmation exulte cette année, après la magnifique rétrospective De Nittis...

Exposition « Jean-Louis Forain, la comédie parisienne » au Petit-Palais, du 10 mars au 5 juin 2011, tous les jours sauf lundis de 10 à 18h (jeudis 20h).
Site internet de l’exposition

 

04/2011 - Idée sortie : Manet, inventeur du moderne

Edouard MANET (1832–1883) : « Qui nous rendra le simple et le clair, qui nous délivrera du tarabiscotage ? » (Edouard Manet)

Dans l'atelier de Thomas Couture, en 1850, on prépare selon la tradition les toiles au fond bistre : un mélange de bitume et de cobalt, d'où doit émerger la figure biblique, historique ou mythologique par ses rotondités, dans un dégradé de tons rompus.
Un élève élégant et déterminé y sème la pagaille -pendant six ans- le jeune dandy Edouard Manet étale la couleur pure sur la toile blanche, par touches franches, et rejette la dictature du modelé classique, en puisant ses références chez Vélasquez ou dans les estampes japonaises ; il pose dix ans avant Claude Monet les fondements du futur Impressionnisme.
Suppression des fondus, abandon des demi-teintes, aplats clairs et notes tranchantes pour des sujets profanes et quotidiens, audace enfin de la peinture de plein-air, Manet innove, dérange, et déroute finalement même son fidèle admirateur Emile Zola.
S'en suivent des scandales à répétition, violents et acharnés, contre le trublion incorrigible, des refus répétés aux Salons officiels, entraînant des appels réitérés des « Indépendants » à se déclarer comme leur chef de file, mais Manet toujours résiste...
Son seul objectif : l'intensité. Il délivre le sujet comme la facture, s'attaquant aux natures mortes comme aux nus, aux scènes d'actualité comme aux portraits, aux marines comme aux grandes compositions, en cherchant toujours une reconnaissance officielle mais en pratiquant régulièrement la provocation ouverte, souvent soulignée d'un trait obscène (le chat noir de l'Olympia, le nu du Déjeuner sur l'herbe, la grue de Nana …)
Les plus grands artistes de l'époque, Degas, Monet, Morisot (sa belle-soeur), Pissaro, Renoir, qu'il fréquente dans les cafés de Montmartre, trouvent en lui le « poteau indicateur » de la nouvelle peinture : une révolution est lancée.

« Il était plus grand que nous le pensions. » (Edgar DEGAS, 1883)

D'Allonnes

Informations sur l’exposition :
Du 5 avril au 3 juillet 2011, de 9h30 à 18h sauf les lundis, nocturne les jeudis jusqu'à 21h
au musée d’Orsay, 62, rue de Lille, Paris 7e arrondissement.

 

10/2010 - « Le Cyclop » de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle

Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle furent deux artistes parmi les plus connus des années soixante et soixante-dix. Une œuvre commune représentative est le « Cyclop » de Milly-la-forêt : Sculpture animée à échelle monumentale, elle se constitua de 1969 à 1991. Œuvre complexe, elle procède des principes de quatre mouvements artistiques distincts : Dada, Nouveaux Réalistes, Art Cinétique, Art Brut.

Biographies croisées
Jean Tinguely est né en 1925 à Fribourg en Suisse. C’est un enfant rêveur qui construit dans les bois des sculptures sonores composées de roues mues par l’eau, composant un parcours cinétique et sonore dans la nature…
La guerre le marque, il a alors 15 ans. Il fréquente des réfugiés politiques communistes et anarchistes. Après une brève expérience d’étalagiste, il fait des études d’Arts appliqués à Bâle. Il y découvre l’œuvre de Paul Klee, Wassili Kandinsky et Le Bauhaus. Sa personnalité est très indépendante et anticonformiste.
Niki  de Saint Phalle est née en 1930. Comme Tinguely, son enfance est agitée, et elle entame une vie de mannequin très jeune pour Vogue, Elle et Life. Ils se marieront en 1971.
L’un comme l’autre ont une première exposition spectaculaire : Tinguely expose les « Métamatics », machines à dessiner, que le public actionne en y fixant un crayon de couleur. Niki  de Saint Phalle présente « les Tirs », des tubes de couleurs fixés sur une planche percée aléatoirement par les tirs à la carabine de spectateurs…
Ces approches étaient provocatrices, pour combattre un académisme toujours renaissant, comme celles de Marcel Duchamp présentant des objets industriels, les Ready Mades, dans les musées, le mouvement Dada, ou encore l’Art Brut prôné par Jean Dubuffet.
Tinguely et le groupe des Nouveaux réalistes s’opposent aux abstraits de l’après guerre, en utilisant des objets du quotidien et il s’inscrit aussi dans la mouvance de l’ Art Cinétique, mettant en scène le mouvement dans l’espace.

« Le Cyclop » de Milly-la-forêt
C’est une sculpture monumentale de 22,5 m de haut pesant 350 tonnes qui figure un monstre sortant de terre, inspiré des Cyclopes, géants forgerons de la mythologie grecque dotés d’un seul œil.
« Le Cyclop » est le fruit d’une collaboration intense avec Niki de Saint Phalle. La mécanique formant l’ossature est typique de Jean Tinguely : composée de bric et de broc avec des éléments mécaniques récupérés, elle est animée de différents mouvements, comme celui de l’œil unique… Des sculptures complémentaires s’y glissent, de Cesar, Daniel Spoerry, Jean-Pierre Raynaud, Jésus Sotto et d’autres, tous amis de Tinguely…
L’enveloppe de la sculpture, mosaïque de miroirs étincelants est l’œuvre de Niki de Saint Phalle. « Le Cyclop » décline à merveille l’opposition entre les lignes brisées de l’ossature et la douceur des courbes de la peau … La couleur sombre de la partie métallique et la clarté du jour reflétée par les miroirs se valorisent mutuellement sans se combattre. Un wagon de marchandises hissé à vingt mètres de hauteur apporte une dimension surréaliste à la Dali. Cette apparition fantastique et animée, cernée par la forêt, est réellement impressionnante…
La visite du « monstre » permet de percevoir ses dimensions ludiques avec les rouages et mécanismes absurdes, fantastiques avec le petit théâtre à la place du cerveau ou « la Chambre de Bonne » de Daniel Spoerry basculée de 90°, cinétique et sonore avec les tiges métalliques de Jésus Rafaël Sotto qui s’entrechoquent et déclenchent un concert de notes différentes…
Le cheminement conduit sur le toit, où une mince pellicule d’eau reflétant le ciel permet un hommage à Yves Klein (fondateur des Nouveaux Réalistes) en évoquant son bleu « IKB » -International Klein Blue-…

Quelques dimensions du Cyclop
Il glorifie et ridiculise tout à la fois le mouvement qui agite frénétiquement le monde moderne. La poésie y est bien présente, par le subtil mélange entre nature et artefact qui y règne…
Cette sculpture est une œuvre d’art totale, sollicitant la vue, l’ouïe, le toucher. C’est une critique de l’idéologie du marketing et de son culte de la nouveauté par l’utilisation de déchets industriels recyclés, démarche d’avant-garde dans les années 70. Sa création collective est à l’inverse de l’image de l’artiste génial et solitaire.
Tout cela explique que Jean Tinguely ait reçu très vite un écho important auprès du grand public, tant il exprimait dans ses réalisations notre monde moderne et ses contradictions.

Liens internet sortie Milly la Forêt
Le Cyclop : www.lecyclop.com
La maison de Jean Cocteau : www.jeancocteau.net

Benoît Predseil, octobre 2010


05/2010 - Hommage à Albert Kahn :" Profiter" par d'Allonnes

Profiter du printemps tant qu'il en est temps,
profiter des fleurs magnifiques
au sol
sur les arbres
et dans l'eau,
profiter du jardin que fréquentait Rodin,
des carpes Koï
et du soleil,
merci Albert Kahn,
les banquiers ne sont plus ce qu'ils étaient.

Fou des humains et des images,
tu collectionnais
d'impalpables instants de bonheur,
des corolles
des visages
des idées
et des senteurs,
tu as créé un univers à toi,
par ton profit
et pour le nôtre.

Vanter un banquier
ce n'est pas à la mode
mais la mode on s'en fiche :
la beauté n'a pas de prix.

 

04/2010 - Et si on repartait à Venise… retour sur la visite de la fondation Pinault

Une pluie battante tombe lorsque notre groupe s’abrite dans le hall d’entrée de la Fondation Pinault à la Pointe de la Douane. Le grand collectionneur français a choisi d’investir le bâtiment du XVIIe de Giuseppe BENONI, pour compléter son domaine Vénitien, après le Palazzo Grassi, toujours avec Tadao ANDO, célèbre architecte japonais….
Hasard étonnant qui voit une des plus chères collections d’Art contemporain venir investir ces lieux autrefois porte d’entrée des plus splendides richesses de l’Orient : La Douane de mer contrôlait les navires jetant l’ancre devant le Palais des Doges. Elle est un symbole de l’hégémonie de Venise sur le commerce mondial au XVe siècle. Le bâtiment d’origine était conçu pour réceptionner et taxer les étoffes, les épices et pierres précieuses d’orient, il servit ensuite d’entrepôt à sel puis de hangar à canots pour les clubs d’aviron locaux.
Sa situation à l’embouchure du Grand Canal et du canal de la Giudecca permet de contempler la Piazzeta, le Palais des Doges et le quai des Esclavons jusqu’aux jardins de la Biennale, ainsi que San Giorgio Maggiore et l’île de la Giudecca…
La philosophie de Tadao ANDO est bien présente ici : présence calme des matériaux et des proportions, minimalisme formel qui laisse au paysage, à la lumière et à l’eau imprimer leur poésie au lieu. Quelques matériaux de base sont déclinés : béton architectonique, verre, brique, bois, sols en Terrazzo, murs en Marmorino gris clair lumineux comme la pierre…
Ce chantier coûta 20 millions d’euros, fut compliqué avec des pontons et des grues flottantes. Une dalle d’étanchéité de 5000 m2 fut d’abord coulée, puis les parois de briques des entrepôts minutieusement restaurées. Le cube central de béton est une évocation d’une petite place (un campielo) vénitienne. La lumière est apportée par les fenêtres en demi-lune et les ouvertures à claustras inspirées de celles de Carlo SCARPA, figure tutélaire locale pour les architectes…
Parmi les œuvres présentées, citons les Gisants de Maurizio CATELAN évoquant à la fois le moyen-âge et les images de films policiers, les maquettes des horreurs nazies des frères CHAPMAN où Jérôme BOSCH n’est pas loin, et les peintures de Mireille DUMAS, citations du Christ Mort de Hans HOLBEIN. La photo est présente avec Cindy SHERMANN, la peinture avec Cy TWOMBLY ou Rudolf STINGEL, la sculpture avec les squelettes de Matthew Day JACKSON ou le match de foot entre GI et afghanes en Burqa surmonté d’un gros nuage noir peuplé de chauves souris de Huang Hong PING…
La collection reflète les tendances de l’art contemporain, parfois outrées et contestables. Gardons à l’esprit que notre liberté de jugement reste la plus importante et que le temps fera le tri dans les œuvres proposées….
Une belle visite donc, qui nous a permis de découvrir un lieu brillamment revisité d’une façon magistrale, et un panorama de l’art d’aujourd’hui qui suscite l’enthousiasme ou la perplexité, suivant les œuvres et les goûts de chacun. Cela permet de réfléchir sur le statut de l’œuvre d’art dans le monde moderne, et ses critères de sélection par notre société…
La Fondation Pinault

 

03/2010 - Rencontre entre Veronese, Palladio, Vittoria, artistes vénitiens du 16e siècle
Par Guillaume Revault d’Allonnes

(Paolo Caliari, dit « Véronèse », peintre, 1528–1588 ; Andrea di Pietro, dit « Palladio », architecte, 1508–1580 ; Alessandro Vittoria, sculpteur, 1525– 1608).

On fait parfois de bonnes rencontres, au cours de ses études… c'est ce qui advint à Paolo, qui rencontra vers 1550 le jeune Andrea et un autre étudiant, Alessandro, le seul des trois amis qui conservera son patronyme, les deux premiers se voyant surnommer le Véronais et Palladio, fils de Pallas-Athéna, déesse des arts… peinture, architecture, et sculpture, les trois arts majeurs seront les terrains d'exercices des trois artistes, l'apogée de leurs collaborations étant l'ambitieux projet de la Villa Barbaro à Maser en 1558-1560.

« la beauté et la simplicité des Anciens »
À cinquante ans, Palladio est un architecte innovant et respecté, qui peut réunir une telle équipe autour d'un projet formé sur une conception globale des arts de l'espace.
Il a construit quatorze de ces Villas, luxueuses exploitations agricoles que la noblesse vénitienne fait bâtir pour assurer une richesse commerciale déclinante, quatre Palais urbains à Vicence, Udine, Vicence, et Feltre.
Il a publié cinq ans plus tôt Les antiquités romaines, qui constitue le fondement de la pensée architecturale palladienne : La beauté réside dans l'équilibre de la forme et de la fonction, pensée qu'il développera ultérieurement dans les Quatre livres de l'architecture (1570).
Andrea construira bien d'autres Villas, aussi célèbres que « la Rotonda » (1570), d'autres Palais, et des commandes de l'Église à Venise : Santa Maria della Carità, San Giorgio Maggiore, San Francesco della Vigna, la Chiesa del Redentore ; il illustrera dans sa dernière oeuvre, le Théâtre Olympique de Vicence, sa connaissance profonde de l'art scénographique.
Pendant quarante ans, il collaborera avec ses deux jeunes amis pour réaliser une douzaine de bâtiments œuvres d'art : lisibilité de l'architecture, symbiose du site et des espaces construits, rythmique architecturale, peinture et sculpture en osmose, voici les inlassables ressorts d'une œuvre abondante, souvent explicité, et toujours déterminé.

La Villa Barbaro à Maser : un processus de composition global
Le terme de villa désigne une entité moitié ferme, moitié palais : ici son implantation dans la pente devant une source offrira l'occasion d'un véritable manifeste humaniste.
Tout l'art de Palladio s'y exprime heureusement : symétrie autour d'un avant-corps traité en temple romain pour la partie réception, par deux ailes à usages d'habitation et agricole précédées d'une vaste loggia unificatrice, composition équilibrée par les deux frontons des pigeonniers ; rapports de proportion des volumes et rapports rythmiques des percements : par trois et par cinq, des mesures soigneusement inscrites sur les plans d'Andrea.
Au centre, intime fusion de l'architecture et du décor peint, la succession de l'étonnante salle en croix et de la salle de l'Olympe, qui distribue les appartements et la cour arrière.
Les appartements bénéficient de dispositions bioclimatiques avant l'heure : orientation sud protégée d'arcades, alignement (pour la fraîcheur d'été, la lumière et la perspective) des portes des appartements, magistralement exploité par les trompe-l’œil de Paolo.

Source et messages secrets
La représentation de l'espace y est aussi raffinée que complexe, les trompe-l’œil s'ouvrant sur des ciels infinis ou accueillant des divinités de l'Olympe aussi bien que des personnages
réels : la maîtresse de maison avec son fils, la nourrice, un petit chien et un perroquet, un jeune homme lisant, un chasseur qui rentre, fameux autoportrait de Véronèse, le Maître fresquiste.
Dans ces grands portraits, il joue de toutes les audaces : perspectives vertigineuses, contre plongées et raccourcis spectaculaires, tons complémentaires et gammes chromatiques différentes, emploi inédit des ombres colorées, tout concourt à mettre en évidence le mouvement des figures dans un espace virtuel qui n'est plus le plan du tableau, mais le volume d'une architecture rêvée … dans le salon central, les paysages imaginaires alternent avec de vraies fenêtres ouvertes sur la campagne, dans une harmonie entre réalité et fantaisie picturale.
La source de Maser qui donne son nom à la Villa articule secrètement tout le projet et en ordonne les messages symboliques d'harmonie de la terre et du ciel : après sa résurgence dans le Nymphée, elle disparaît pour souligner la traversée visuelle de l'étage noble vers la vue panoramique du balcon, en un saisissant raccourci entre monde sacré et monde profane, puis jaillit à nouveau dans les bassins du jardin, et enfin irrigue les riches vergers.
La façade arrière toute en sobriété abrite la débauche décorative du Nymphée, un théâtre d'eau et de sculpture signée de Vittoria et couronné par l'allégorie de Venise par Véronèse.

« Pittore eccelentissimo » (Palladio décrivant Véronèse)
Le « décor-illusion », comme on appelle alors l'art du trompe-l’œil, est aux mains des seuls experts du dessin en perspective : les maîtres sculpteurs, peintres et architectes … l'immense talent distinctif de Véronèse est sa capacité à exprimer avec aisance et légèreté la parfaite intégration scénographique des architectures peintes comme des modestes scènes du quotidien, spectaculairement discrètes, si l'on autorise cet oxymore.
Intellectueusement proches, Palladio et Véronèse sont aussi des complices artistiques : quand Paolo peint en 1593 la dernière Cène, il situe le Christ dans le motif palladien : les célèbres arcatures de l'Hôtel de Ville de Vicence, en hommage à son ami.
La collaboration des trois artistes, à Maser, n'en est pas à son coup d'essai : Véronèse peint du Palladio depuis seize ans, tandis que Vittoria en orne les façades et les points clés depuis treize ans au moins, et ces années ont de toute évidence exalté la symbiose surprenante parce que paradoxale qu'est l'association de la sobriété de l'architecture de la Haute-Renaissance, de la somptuosité de la décoration intérieure d'un Maniérisme allégé, et de la générosité des ornements sculptés Baroques … nos référents et classifications stylistiques sont soumis à rude épreuve !
Laissons plutôt parler Palladio : « La beauté découle de l'esthétique de la forme et de l'harmonie du tout avec les parties… de sorte que le bâtiment apparaisse comme un corps homogène et parfait ».

 

01/2010 - Musée d'Orsay : chic, des travaux !

Excellente nouvelle pour la nouvelle année, le musée est en travaux jusqu'à mars 2011, et les collections ont été magistralement redistribuées dans les vastes coursives latérales : l'exposition provisoire, des deux côtés de la nef présente, de façon concentrée et progressive l'évolution picturale du 19ème siècle, des grands tableaux réalistes de Courbet aux oeuvres fondatrices de Manet, Monet et Cézanne.
Voici donc l'occasion de redécouvrir en un parcours synthétique la splendide collection de toiles impressionnistes, dont certaines antérieurement non exposées ou trop peu présentes (Caillebotte, Morisot), de se régaler de la réunion tant attendue des pastels de Degas, autour de sculptures enfin reliées aux oeuvres peintes, et de la valorisation des postimpressionnistes autour de Van Gogh et des Fauves ...
 A l'issue des travaux de rénovation, de nouveaux espaces au niveau 5 articuleront un parcours clair et une vaste galerie d'expositions temporaires, en espérant que le pourtour de la nef centrale bénéficiera pour son installation permanente d'une aussi bonne qualité muséographique que l'actuelle installation provisoire !
Site web du musée d'Orsay

 

11/2009 - Le Musée Marmottan, le lieu de la plus importante collection d'œuvres de Monet

En attendant la prochaine ouverture, très attendue, du premier étage, ne pas oublier les collections permanentes du superbe hôtel particulier Empire du duc de Valmy : l'opportunité de situer l’œuvre de Claude MONET (1840-1926), à travers la plus grande collection au monde de ses oeuvres, parmi son siècle... à l'affiche, en toute simplicité amicale, GAUGUIN, SISLEY, PISSARO, RENOIR, MANET et sa belle-sœur, la grande artiste trop oubliée Berthe MORISOT.
Les belles galeries construites en sous-sol sur le modèle du bâtiment projeté par Monet pour ses grands Nymphéas (de l'Orangerie) offrent un panorama complet du parcours de l'artiste, et de l'évolution spectaculaire de sa touche : des "virgules" impressionnistes à la puissante liberté des années 20, ouvrant la porte aux peintres de l'abstraction.
Les étudiants ont pu, grâce à l'exercice "tâchetouche", qui consiste à choisir un très petit extrait d’œuvre (5 X 5 cm) et à l'agrandir en format A3, expérimenter le geste du peintre (touche), la charge du pinceau, le dépôt sur le support (tâche), le sens induit ... une sélection de ces "morceaux choisis" de Monet sera présentée aux prochaines journées portes ouvertes de l'école.
Sites Internet des musées :
www.grandpalais.fr
www.marmottan.com

 


haut de page

Plan du site - Mentions légales - © 2010 EPMC La Ruche (Paris) - Création graphique : mr cam - Développement site web : Sitweb concept