EPMC La Ruche, école de graphisme et de design
Expositions à voir et articles culturels 
 

07/2010 - Agenda "coup de cœur" : nos conseils sorties culturelles pour cet été

L’art brut japonais
Laurence Brabant, professeur en BTS design de mode, textile et environnement, vous conseille l’exposition L’art brut japonais à la halle Saint Pierre situé au 2 rue Ronsard - 75018 PARIS. Jusqu’au 2 janvier 2011, 63 créateurs contemporains et plus de 1000 œuvres s’exposent ; dessins, peintures et un grand nombre de sculptures nippons y sont présentés.
Site internet

Guillaume Revault-d’Allonnes vous propose trois sorties culturelles à ne pas manquer !

Corps et décors : Rodin et les arts décoratifs, au Musée Rodin jusqu'au 22 août 2010
L’exposition dévoile une dimension méconnue de l’œuvre de Rodin consacrée aux arts décoratifs et à la décoration monumentale : une grande partie des 150 oeuvres exposées sera présentée au public pour la première fois. L’exposition invite également à redécouvrir, sous l’angle du décoratif, certaines œuvres célèbres de Rodin, comme La Porte de l’Enfer.
Adresse : 79, rue de Varenne, 75007 PARIS
Site internet

Monet et l’abstraction, au Musée Marmottan-Monet  à partir du 17 juin 2010 jusqu’au 26 septembre 2010
l’exposition se propose de mettre en regard quelque 44 tableaux impressionnistes et abstraits provenant pour la plupart des collections conjointes du musée Marmottan Monet et de la fondation Thyssen-Bornemisza.
Adresse : 2, rue Louis-Boilly, 75016 PARIS
Site internet

Antoine Watteau et l'art de l'estampe, au Louvre à partir du 8 juillet 2010 jusqu’au 11 octobre 2010
Cette exposition dédiée à l'art de l'estampe puise dans la collection Edmond de Rothschild et présente une centaine de gravures en rapport avec le Recueil Julienne. Après la mort prématurée de Watteau, son ami Jean de Julienne rassemble près de six cents planches de dessins et de peintures pour les faire reproduire par une cinquantaine de graveurs.
Adresse : Musée du Louvre, 75058 PARIS Cedex 01
Site internet

 

07/2010 - Exposition « Lucian Freud, l'atelier » par Guillaume Revault d’Allonnes

Le petit fils de Sigmund FREUD est l'artiste vivant le plus cher au monde, depuis la vente en 2008 d'un nu à 34 millions d'euros… Pourquoi donc ?
Pour son attachement à la réalité du modèle, pour ses inlassables explorations de la féminité/maternité, pour la longue maturation de ses oeuvres, ou encore pour l'impact du peintre sur les nouvelles générations d'artistes depuis plus de trente ans ?
Troublante crudité, fragilité, solitude et décadence, exprimées par une touche de plus en plus libre, épaisse, caractérisent ces images de corps lentement élaborées dans l'univers clos et intime de l'atelier laboratoire, prétexte de l'exposition qui regroupe une cinquantaine de toiles emblématiques.
L'inlassable pratique des autoportraits (« Reflections ») situe Lucian en directe continuité de REMBRANDT, dans un positionnement théâtral du peintre, comme dans la rutilance de subtils clair-obscurs, et offre une précieuse clé de lecture aux intérieurs fermés et aux célèbres nus épuisés (« Naked portraits ») ; ainsi FREUD s'inscrit-il clairement en marge de la scène de l'art contemporain, par son attachement fondamental aux techniques traditionnelles de la peinture, par son appui récurrent sur le dessin et la gravure, par son attitude classique de portraitiste réaliste : une oeuvre authentique, physique, aux concepts plastiques et non intellectuels s'offre ici à un public possiblement lassé des creuses provocations d'un Jeff KOONS ou d'un Damian HIRST ?
Dans la photographie bien connue « Working at night » de David DAWSON, l'artiste de 83 ans à demi-nu fait corps de manière saisissante avec la peinture qu'il manipule, qui l'entoure, qui le sculpte... révélation de la vérité de son art : Lucian ressemble à ses toiles.
Pour en savoir plus : le hors-série L'objet d'art, février 2010, 8,50 euros.
Exposition au Centre Pompidou, jusqu'au 19 juillet 2010 (tous les jours sauf mardi, de 11h à 21h).
Adresse : place Georges Pompidou, 75191 PARIS cedex 04

Site internet

 

05/2010 - L’impressionnisme et le japonisme à nouveau à l’honneur

Introduction
Pendant la guerre de 1914-18, Claude MONET peint des fleurs aquatiques … peu avant, malgré la longue dictature des TOKUGAWA (1603-1867), l’art japonais exalte des joies de l’existence :
« Nous ne vivons que pour l’instant où nous admirons la splendeur du clair de lune, de la neige, des fleurs de cerisier et des feuilles colorées de l’érable. Nous jouissons du jour présent, enivrés par le vin, sans nous laisser dégriser par la misère qui nous fixe du regard . Dérivant comme une calebasse emportée par la rivière, ne nous laissons pas décourager un seul instant : c’est ce qu’on appelle le monde flottant et éphémère. »
(Asai RYOI, 1661)

Brève histoire de l’Ukiyo-e
Apparition : à EDO (actuelle Tokyo) vers 1650 des « Ukiyo-e » (images du monde flottant), estampes gravées sur bois d’après des dessins au pinceau, destinées à une large diffusion dans toutes les couches sociales.
Motifs : vies quotidiennes, fêtes, sites et monuments célèbres, paysages, histoire, fleurs, animaux et saisons, mais surtout théâtre KABUSI, GEISHAS, courtisanes et maisons du plaisir du nouveau quartier de YOSHIWARA, et les célèbres scènes érotiques qui vont avec…

Les plus grands maîtres
Suzuki HARUNOBU (1760-1849) portraitiste, illustrateur, inventeur du Nishiki-e,
Kitagawa UTAMARO (1753-1806) peintre des jeunes beautés,
Utagawa HIROSHIGE (1797-1858) très grand paysagiste, a laissé 5400 feuilles,
Katsushika HOKUSAI (1760-1849) immense artiste, a œuvré 80 ans, laissé 500 livres illustrés et 54000 feuilles … tout en ayant changé 20 fois de nom et 93 fois de domicile !
(exposé sur Hokusai avec illustrations dans la maison de Giverny).

Le japonisme
Grâce à l’ouverture en 1853 de ses ports, l’art japonais arrive en Occident, aux expositions universelles, chez quelques marchands de « chinoiseries », et enfin dans les collections et galeries de Samuel BING ou Émile GUIMET, et Edmond de GONCOURT publie le premier livre sur HOKUSAI.
Les artistes français découvrent les premiers les Ukiyo-e : MONET en collectionne 250, et VAN GOGH 400, la concurrence est parfois rude entre MANET, DEGAS, GAUGUIN, RENOIR, VUILLARD, BONNARD, PISSARO, LAUTREC, ou RODIN !
Tous fascinés, ils copient les maîtres japonais, s’inspirent de leur trait, leur concision, leurs compositions verticales, en oblique, en serpentine, leurs coupes audacieuses, leurs aplats puissants et leur goût de la peinture de paysage lumineuse, évocatrice d’une poésie naturelle trop absente du siècle… confortés par la richesse de ces nouveaux univers plastiques et par les virages décisifs qu’ils induisent, ils poseront les prémices de l’art moderne.

À suivre : exposition Claude MONET au Grand Palais, du 22 septembre 2010 au 24 janvier 2011.
www.grandpalais.fr


05/2010 - Hommage à Albert Kahn :" Profiter" par d'Allonnes

Profiter du printemps tant qu'il en est temps,
profiter des fleurs magnifiques
au sol
sur les arbres
et dans l'eau,
profiter du jardin que fréquentait Rodin,
des carpes Koï
et du soleil,
merci Albert Kahn,
les banquiers ne sont plus ce qu'ils étaient.

Fou des humains et des images,
tu collectionnais
d'impalpables instants de bonheur,
des corolles
des visages
des idées
et des senteurs,
tu as créé un univers à toi,
par ton profit
et pour le nôtre.

Vanter un banquier
ce n'est pas à la mode
mais la mode on s'en fiche :
la beauté n'a pas de prix.

 

04/2010 - Turner par Guillaume Revault d’Allonnes

Grand admirateur de la peinture de TURNER, Guillaume Revault d'Allonnes est ravi mais aussi critique vis-à-vis de l'exposition du Grand Palais... comme tous les visiteurs désorientés par les labyrinthiques locaux des Galeries Nationales (décidément à restructurer), et par la présentation de rapprochements parfois hasardeux entre des oeuvres que peu rattache. Et si l'on parlait plus de ce qui différencie le maître, de ses questionnements, de ses audaces, bref, de sa peinture ? Visite transversale.

TURNER, peintre catastrophique
Extraordinaire et emblématique tourbillon, la Tempête de neige… l'auteur était dans la tempête…* (1842, Tate Gallery London), constitue un moment de peinture proprement héroïque, puisque l'auteur s'est prétendument fait attacher à un mat durant quatre longues heures pour nous rapporter le vécu d'une expérience extrême, habile façon d'en justifier la dimension réellement héroïque, l'abstraction à peine évitée : TURNER toujours romantique se place ici en nouvel Ulysse irrésistiblement attiré par un chant/champ pictural bien menaçant pour la conservatrice Angleterre victorienne… cet Ulysse qu'il avait déjà peint en 1829, raillant le cyclope Polyphème (National Gallery).
Plus encore que dans les quatre peintures de L'incendie du Parlement de Londres (1835,Philadelphia Museum of Art, Cleveland Museum of Art, etc), ou dans L'avalanche dans les Grisons* (1810, Tate Gallery), le sujet événementiel, la catastrophe sont l'occasion d'une mise en scène historiciste, donc a-priori acceptable, où le spectateur est projeté au cœur du bouleversement du monde par le peintre-héros.Ce rapport spectaculaire autorise l'artiste à dévier la représentation du paysage, en l'écartant des modes de figuration néoclassique ou romantique (ce qui le distancie de ses "concurrents" CONSTABLE, BONINGTON ou GIRTIN), en inaugurant l'irruption d'une abstraction picturale de plus en plus libérée du réel… ainsi déclare-t-il à propos de la Tempête de neige : "je ne l'ai pas peint pour qu'il soit compris, mais parce que je voulais montrer à quoi ressemble un tel spectacle..."
Cette oeuvre déterminante, critiquée à l'époque comme un "mélange d'eaux de lessive et de badigeon" est l'aboutissement pictural d'une attirance constante, ce thème de la catastrophe que l'artiste explore depuis plus de quarante ans en défricheur d'un univers visuel révolutionnaire, "comme le grand ange de l'Apocalypse, voile par un nuage, avec un arc-en-ciel sur le chef et avec le soleil et les étoiles dans la main" (John RUSKIN, Modern Painting, 1843).Ce positionnement en démiurge au centre d'une apocalypse révèle encore beaucoup du trajet personnel et (a-)social de TURNER, qui à partir de 1846 se fait appeler "Amiral" (Booth), au regard du déni généralisé de la fin d'un monde : l'Empire Britannique.
* Oeuvres présentes à l'exposition "TURNER et ses maîtres" au Grand Palais.
Jusqu'au 24 mai 2010, le Grand Palais expose les œuvres de Turner.
Horaires : du vendredi au lundi de 9h à 22h, le mardi de 9h à 14h, le mercredi de 10h à 22h, le jeudi de 10h à 20h…
Mardi matin et nocturnes recommandés !


Joseph William Mallord TURNER (1775-1851) : petite iconographie catastrophique

Voir : Turner au grand palais

Portraits croisés de deux maîtres fous, dansant…

Joseph William Mallord TURNER
(1775–1851), selon une anecdote rapportée par son biographe Michael Bockemühl, laissait de petits enfants barbouiller sa toile vierge pour obtenir une structure de tâches, ou ébauchait un navire de guerre à partir d'un papier froissé et tâché... ces structures libérées de la figuration lui ouvraient de nouveaux champs plastiques à la mesure de sa maîtrise virtuose de la touche colorée.
Vers 1835, il prépare des feuilles d'aquarelle par larges bandes de couleur, peut-être trempées dans le pigment dilué, puis, lui qui n'aimait pourtant guère être observé dans son travail, se met à peindre en public, faisant de son art un spectacle vivant, probablement après avoir été subjugué par la sérénité de PAGANINI improvisant devant le Tout-Londres en 1830 ?
Les jours d'accrochage à la Royal Academy ou à la British Institution, il opère sur le vif des modifications essentielles à des oeuvres accrochées à l'état d'ébauches, puis finit par tout simplement apporter des toiles revêtues de leur seul apprêt pour les peindre d'un jet en quelques heures. Fascinations et railleries…
Ainsi fut peint L'incendie des Chambres des Lords et des Communes (1835, Philadelphia Museum of Arts), une de ses plus célèbres toiles, achevée en un jour sur sa cimaise, et finalement un témoin note : "Turner rassembla ses affaires, les replaça dans leur boite et la referma, puis sans reculer d'un pas, il longea le mur sans parler à quiconque… Voila, c'est magistral, il ne s'arrête pas pour regarder son travail, il sait que c'est fini et il s'en va."
Une toile de William PARROT, Turner un jour de vernissage (1846, Université de Reading) représente une de ces scènes avec humour et admiration. Considéré comme fou par la Reine Victoria, TURNER ne fut jamais anobli, contrairement à d'autres artistes beaucoup moins talentueux !

Katsushika HOKUSAI (1760–1849), qui se nommait lui-même «Vieux fou de peinture» (Gakyō-Rojīn) peint à la fin de sa longue vie, aussi productive que celle de TURNER, avec ses doigts, avec des bouteilles, avec des oeufs. Artiste virtuose de l'improvisation, il donne des spectacles publics d'art mis en scène, peint des temples dans un paysage onirique, à l'aide de balais, de balles de paille et de sacs de riz... Lui aussi a enseigné, publié des ouvrages fondamentaux, révolutionné l'art du paysage, et laisse derrière lui (outre 500 livres illustrés) 30 000 oeuvres, à peine plus que TURNER… coïncidence ?
A la fin des années 1830, la grave crise économique frappant le Japon (qui conduira à son ouverture sur l'Occident) contraint HOKUSAI à une retraite campagnarde, et l'on peut donc situer les périodes de « peinture dansée » des deux grands maîtres dans les mêmes années 1835-1840, aux deux bouts de la planète, alors qu'ils sont tous deux spectateurs de la fin d'un monde, tous deux arrivés au sommet de la virtuosité de leur art, si toutefois ce sommet existe ? Un élément de réponse : HOKUSAI (décédé à l'âge de 89 ans) écrit "… à 90 ans, je pénétrerai le mystère des choses, à 100 ans j'aurai décidément atteint un niveau merveilleux, et à 110 ans, chaque point, chaque ligne que je tracerai vibrera de joie."

 

04/2010 - Et si on repartait à Venise… retour sur la visite de la fondation Pinault

Une pluie battante tombe lorsque notre groupe s’abrite dans le hall d’entrée de la Fondation Pinault à la Pointe de la Douane. Le grand collectionneur français a choisi d’investir le bâtiment du XVIIe de Giuseppe BENONI, pour compléter son domaine Vénitien, après le Palazzo Grassi, toujours avec Tadao ANDO, célèbre architecte japonais….
Hasard étonnant qui voit une des plus chères collections d’Art contemporain venir investir ces lieux autrefois porte d’entrée des plus splendides richesses de l’Orient : La Douane de mer contrôlait les navires jetant l’ancre devant le Palais des Doges. Elle est un symbole de l’hégémonie de Venise sur le commerce mondial au XVe siècle. Le bâtiment d’origine était conçu pour réceptionner et taxer les étoffes, les épices et pierres précieuses d’orient, il servit ensuite d’entrepôt à sel puis de hangar à canots pour les clubs d’aviron locaux.
Sa situation à l’embouchure du Grand Canal et du canal de la Giudecca permet de contempler la Piazzeta, le Palais des Doges et le quai des Esclavons jusqu’aux jardins de la Biennale, ainsi que San Giorgio Maggiore et l’île de la Giudecca…
La philosophie de Tadao ANDO est bien présente ici : présence calme des matériaux et des proportions, minimalisme formel qui laisse au paysage, à la lumière et à l’eau imprimer leur poésie au lieu. Quelques matériaux de base sont déclinés : béton architectonique, verre, brique, bois, sols en Terrazzo, murs en Marmorino gris clair lumineux comme la pierre…
Ce chantier coûta 20 millions d’euros, fut compliqué avec des pontons et des grues flottantes. Une dalle d’étanchéité de 5000 m2 fut d’abord coulée, puis les parois de briques des entrepôts minutieusement restaurées. Le cube central de béton est une évocation d’une petite place (un campielo) vénitienne. La lumière est apportée par les fenêtres en demi-lune et les ouvertures à claustras inspirées de celles de Carlo SCARPA, figure tutélaire locale pour les architectes…
Parmi les œuvres présentées, citons les Gisants de Maurizio CATELAN évoquant à la fois le moyen-âge et les images de films policiers, les maquettes des horreurs nazies des frères CHAPMAN où Jérôme BOSCH n’est pas loin, et les peintures de Mireille DUMAS, citations du Christ Mort de Hans HOLBEIN. La photo est présente avec Cindy SHERMANN, la peinture avec Cy TWOMBLY ou Rudolf STINGEL, la sculpture avec les squelettes de Matthew Day JACKSON ou le match de foot entre GI et afghanes en Burqa surmonté d’un gros nuage noir peuplé de chauves souris de Huang Hong PING…
La collection reflète les tendances de l’art contemporain, parfois outrées et contestables. Gardons à l’esprit que notre liberté de jugement reste la plus importante et que le temps fera le tri dans les œuvres proposées….
Une belle visite donc, qui nous a permis de découvrir un lieu brillamment revisité d’une façon magistrale, et un panorama de l’art d’aujourd’hui qui suscite l’enthousiasme ou la perplexité, suivant les œuvres et les goûts de chacun. Cela permet de réfléchir sur le statut de l’œuvre d’art dans le monde moderne, et ses critères de sélection par notre société…
La Fondation Pinault

 

03/2010 - Rencontre entre Veronese, Palladio, Vittoria, artistes vénitiens du 16e siècle
Par Guillaume Revault d’Allonnes

(Paolo Caliari, dit « Véronèse », peintre, 1528–1588 ; Andrea di Pietro, dit « Palladio », architecte, 1508–1580 ; Alessandro Vittoria, sculpteur, 1525– 1608).

On fait parfois de bonnes rencontres, au cours de ses études… c'est ce qui advint à Paolo, qui rencontra vers 1550 le jeune Andrea et un autre étudiant, Alessandro, le seul des trois amis qui conservera son patronyme, les deux premiers se voyant surnommer le Véronais et Palladio, fils de Pallas-Athéna, déesse des arts… peinture, architecture, et sculpture, les trois arts majeurs seront les terrains d'exercices des trois artistes, l'apogée de leurs collaborations étant l'ambitieux projet de la Villa Barbaro à Maser en 1558-1560.

« la beauté et la simplicité des Anciens »
À cinquante ans, Palladio est un architecte innovant et respecté, qui peut réunir une telle équipe autour d'un projet formé sur une conception globale des arts de l'espace.
Il a construit quatorze de ces Villas, luxueuses exploitations agricoles que la noblesse vénitienne fait bâtir pour assurer une richesse commerciale déclinante, quatre Palais urbains à Vicence, Udine, Vicence, et Feltre.
Il a publié cinq ans plus tôt Les antiquités romaines, qui constitue le fondement de la pensée architecturale palladienne : La beauté réside dans l'équilibre de la forme et de la fonction, pensée qu'il développera ultérieurement dans les Quatre livres de l'architecture (1570).
Andrea construira bien d'autres Villas, aussi célèbres que « la Rotonda » (1570), d'autres Palais, et des commandes de l'Église à Venise : Santa Maria della Carità, San Giorgio Maggiore, San Francesco della Vigna, la Chiesa del Redentore ; il illustrera dans sa dernière oeuvre, le Théâtre Olympique de Vicence, sa connaissance profonde de l'art scénographique.
Pendant quarante ans, il collaborera avec ses deux jeunes amis pour réaliser une douzaine de bâtiments œuvres d'art : lisibilité de l'architecture, symbiose du site et des espaces construits, rythmique architecturale, peinture et sculpture en osmose, voici les inlassables ressorts d'une œuvre abondante, souvent explicité, et toujours déterminé.

La Villa Barbaro à Maser : un processus de composition global
Le terme de villa désigne une entité moitié ferme, moitié palais : ici son implantation dans la pente devant une source offrira l'occasion d'un véritable manifeste humaniste.
Tout l'art de Palladio s'y exprime heureusement : symétrie autour d'un avant-corps traité en temple romain pour la partie réception, par deux ailes à usages d'habitation et agricole précédées d'une vaste loggia unificatrice, composition équilibrée par les deux frontons des pigeonniers ; rapports de proportion des volumes et rapports rythmiques des percements : par trois et par cinq, des mesures soigneusement inscrites sur les plans d'Andrea.
Au centre, intime fusion de l'architecture et du décor peint, la succession de l'étonnante salle en croix et de la salle de l'Olympe, qui distribue les appartements et la cour arrière.
Les appartements bénéficient de dispositions bioclimatiques avant l'heure : orientation sud protégée d'arcades, alignement (pour la fraîcheur d'été, la lumière et la perspective) des portes des appartements, magistralement exploité par les trompe-l’œil de Paolo.

Source et messages secrets
La représentation de l'espace y est aussi raffinée que complexe, les trompe-l’œil s'ouvrant sur des ciels infinis ou accueillant des divinités de l'Olympe aussi bien que des personnages
réels : la maîtresse de maison avec son fils, la nourrice, un petit chien et un perroquet, un jeune homme lisant, un chasseur qui rentre, fameux autoportrait de Véronèse, le Maître fresquiste.
Dans ces grands portraits, il joue de toutes les audaces : perspectives vertigineuses, contre plongées et raccourcis spectaculaires, tons complémentaires et gammes chromatiques différentes, emploi inédit des ombres colorées, tout concourt à mettre en évidence le mouvement des figures dans un espace virtuel qui n'est plus le plan du tableau, mais le volume d'une architecture rêvée … dans le salon central, les paysages imaginaires alternent avec de vraies fenêtres ouvertes sur la campagne, dans une harmonie entre réalité et fantaisie picturale.
La source de Maser qui donne son nom à la Villa articule secrètement tout le projet et en ordonne les messages symboliques d'harmonie de la terre et du ciel : après sa résurgence dans le Nymphée, elle disparaît pour souligner la traversée visuelle de l'étage noble vers la vue panoramique du balcon, en un saisissant raccourci entre monde sacré et monde profane, puis jaillit à nouveau dans les bassins du jardin, et enfin irrigue les riches vergers.
La façade arrière toute en sobriété abrite la débauche décorative du Nymphée, un théâtre d'eau et de sculpture signée de Vittoria et couronné par l'allégorie de Venise par Véronèse.

« Pittore eccelentissimo » (Palladio décrivant Véronèse)
Le « décor-illusion », comme on appelle alors l'art du trompe-l’œil, est aux mains des seuls experts du dessin en perspective : les maîtres sculpteurs, peintres et architectes … l'immense talent distinctif de Véronèse est sa capacité à exprimer avec aisance et légèreté la parfaite intégration scénographique des architectures peintes comme des modestes scènes du quotidien, spectaculairement discrètes, si l'on autorise cet oxymore.
Intellectueusement proches, Palladio et Véronèse sont aussi des complices artistiques : quand Paolo peint en 1593 la dernière Cène, il situe le Christ dans le motif palladien : les célèbres arcatures de l'Hôtel de Ville de Vicence, en hommage à son ami.
La collaboration des trois artistes, à Maser, n'en est pas à son coup d'essai : Véronèse peint du Palladio depuis seize ans, tandis que Vittoria en orne les façades et les points clés depuis treize ans au moins, et ces années ont de toute évidence exalté la symbiose surprenante parce que paradoxale qu'est l'association de la sobriété de l'architecture de la Haute-Renaissance, de la somptuosité de la décoration intérieure d'un Maniérisme allégé, et de la générosité des ornements sculptés Baroques … nos référents et classifications stylistiques sont soumis à rude épreuve !
Laissons plutôt parler Palladio : « La beauté découle de l'esthétique de la forme et de l'harmonie du tout avec les parties… de sorte que le bâtiment apparaisse comme un corps homogène et parfait ».

 

02/2010 - Matisse et Rodin : les derniers jours

« Mon principe, ce n'est pas d'imiter la forme, mais d'imiter la vie. » (Auguste Rodin)

Deux géants à priori très éloignés, et cependant aux recherches convergentes, sont ici pour la première fois comparés, et chacune des oeuvres s'éclaire heureusement de cette mise en relation, créant une passerelle bienvenue entre 19e et 20e siècles, trop souvent désarticulés.

La danse
Là même, sur l'antique terrain bachique où Carpeaux avait créé le scandale, reste un domaine sulfureux, celui de la joie des corps, de la transe, de l'extase : les deux grands amoureux de la vie s'y appliqueront avec ardeur, créant des oeuvres révolutionnaires Iris, messagère des dieux (Auguste Rodin) ; les Danses Chtchoukine 1 et 2 (Henri Matisse).
Du Nijinski d'Auguste Rodin, son secrétaire Rainer Maria Rilke écrivit qu'il ne distribue plus les mouvements mais « les reprend de toutes parts », en une volcanique concentration d'énergie.

Les érotiques
Sublime femme allongée aux vêtements entrouverts (Auguste Renoir) ; magistral Nu bleu IV (Henri Matisse), d'un bout à l'autre de cette exposition en forme de désordres d'ateliers, surgissent des corps plus beaux que nature, une ode redoublée au modèle féminin, les quêtes passionnées d'artistes interrogeant sans cesse la limite de l'art de leurs époques, dans son contenu et dans sa forme, avec la détermination de ceux qui se savent capables d'ouvrir de nouveaux champs d'expression … «l'importance d'un artiste se mesure à la quantité de nouveaux signes qu'il aura introduits dans le langage plastique.» (Henri Matisse)

Les papiers découpés
Rodin dessine en quelques traits, pose une ou deux tonalités d'aquarelle, puis découpe les silhouettes et assemble les dessins comme il « marcotte » les fragments sculptés, un travail de recherche formelle très moderne dans son approche : transfert de l'image plane en un nouvel objet plastique, purement pictural, parfois à la limite de l'abstrait (voir la belle suite des femmes nues agenouillées).
Il ouvre ainsi la voie à Matisse, pour ses études des trois danse (de Paris, de Merion et la dite danse inachevée) et de la puissante série des Nus bleus comme pour ses recherches, bien éloignées du maître de Meudon, sur la puissance du motif (Jazz, Polynésie, La piscine, Femmes aux singes, Chapelle de Vence), amenant cette démarche créative à un apogée : ne plus admettre les césures entre figuration et abstraction, entre peinture et sculpture.

Exposition au musée Rodin, 79 rue de Varenne, 75007 PARIS,
tél. 01 44 18 61 10, jusqu'au 28 février 2010, fermée le lundi.
www.musee-rodin.fr

 

01/2010 - Musée d'Orsay : chic, des travaux !

Excellente nouvelle pour la nouvelle année, le musée est en travaux jusqu'à mars 2011, et les collections ont été magistralement redistribuées dans les vastes coursives latérales : l'exposition provisoire, des deux côtés de la nef présente, de façon concentrée et progressive l'évolution picturale du 19ème siècle, des grands tableaux réalistes de Courbet aux oeuvres fondatrices de Manet, Monet et Cézanne.
Voici donc l'occasion de redécouvrir en un parcours synthétique la splendide collection de toiles impressionnistes, dont certaines antérieurement non exposées ou trop peu présentes (Caillebotte, Morisot), de se régaler de la réunion tant attendue des pastels de Degas, autour de sculptures enfin reliées aux oeuvres peintes, et de la valorisation des postimpressionnistes autour de Van Gogh et des Fauves ...
 A l'issue des travaux de rénovation, de nouveaux espaces au niveau 5 articuleront un parcours clair et une vaste galerie d'expositions temporaires, en espérant que le pourtour de la nef centrale bénéficiera pour son installation permanente d'une aussi bonne qualité muséographique que l'actuelle installation provisoire !
Site web du musée d'Orsay

 

12/2009 - Exposition : Titien, Tintoret, Véronèse… rivalités de maîtres à Venise

Le Louvre, une nouvelle fois, ne déçoit pas : ses expositions temporaires - ici jusqu'au 4 janvier - d'une envergure internationale sont toujours des événements, et autant d'occasions de (re)découvertes.
Certes, Titien est LE maître, du portrait notamment, et nul ne le conteste, mais beaucoup le suivent, le jalousent même ... si Bassano n'a peut-être pas son talent de la figure, Tintoret, lui, se sent de taille à succéder au peintre officiel de la Sérénissime République de marchands.
Amère déception donc, le jour fameux où ce jeune étranger, un petit véronais est choisi comme héritier : un dessin de concours présenté dans l'exposition, reproduction d'un superbe lavis, explique sans doute par l'extraordinaire talent de sa composition le choix de Titien.
Et voici que l'Arétin, cet histrion incontrôlable, rajoute de l'huile sur le feu en traitant le peintre déçu de petit teinturier (tintoretto)... l'affaire finira presque mal, en traquenard, dague à la main, mais par bonheur Véronèse sauve sa gorge, et nous enchantera d'une oeuvre exubérante, proprement gigantesque, offrant en particulier au trompe-l’œil à fresque une dimension architecturale inconnue, et à la peinture à l'huile une monumentalité qu'il est bon d'aller revisiter, deux niveaux plus haut, face à la Joconde et à sa gauche : autant se munir d'un billet groupé pour accéder aussi aux collections permanentes !
Deux publications peu coûteuses complètent heureusement le voyage : le Dossier de l'Art de septembre nous entraîne dans les musées vénitiens, et le hors-série de Beaux-Arts articule excellemment le siècle, ses tourments et ses audaces picturales : à déguster sur un air de Don Giovanni ?
(PS : préférez les nocturnes du mercredi ou du vendredi, jusqu'à 22 heures, bien moins fréquentées...)
Site internet : http://mini-site.louvre.fr/venise/index_fr.html

 

11/2009 - RENOIR au XXe siècle au Grand-Palais à Paris

Évènement de la rentrée, les tortueux locaux des Galeries Nationales présentent la grande exposition consacrée aux "dernières années" ou plutôt aux dernières recherches d'Auguste RENOIR (1841-1919). Un vaste ensemble d’œuvres peintes, dessinées et sculptées, et d'abondants documents sur le peintre, ses modèles, ses amis y sont exposés.
Si la quête permanente d'un monde idéal transparaît dans toutes les toiles, à travers femmes, enfants, paysages ou fantaisies, c'est que l'artiste est animé d'une joie de peindre inépuisable, jusqu'aux derniers instants de 1919, passion positive qui transcende son isolement, ses douleurs incessantes, et la terrible déformation de ses mains par la polyarthrite : un extrait de film montre Renoir au travail, agité, fumant, possédé par son art.
C'est aussi l'occasion de découvrir quelques facettes moins connues de l’œuvre, les dessins enlevés (dont le splendide portrait de RODIN, descendu en Provence pour poser devant le Maître), les sculptures qui influenceront tant MAILLOL, les panneaux, maquettes, esquisses de "décorations", parfois proches des préoccupations plastiques de MATISSE, les paysages fauves comme les reprendra BONNARD, enfin les "retours à l'Antique" qui fascineront tant PICASSO : quelques très beaux originaux de ces grands artistes encadrent et explicitent la richesse de l'héritage de celui qui osait, dans ses confidences à Bonnard, un credo révélateur de sa philosophie intime : "il faut embellir !"

 

11/2009 - Le Musée Marmottan, le lieu de la plus importante collection d'œuvres de Monet

En attendant la prochaine ouverture, très attendue, du premier étage, ne pas oublier les collections permanentes du superbe hôtel particulier Empire du duc de Valmy : l'opportunité de situer l’œuvre de Claude MONET (1840-1926), à travers la plus grande collection au monde de ses oeuvres, parmi son siècle... à l'affiche, en toute simplicité amicale, GAUGUIN, SISLEY, PISSARO, RENOIR, MANET et sa belle-sœur, la grande artiste trop oubliée Berthe MORISOT.
Les belles galeries construites en sous-sol sur le modèle du bâtiment projeté par Monet pour ses grands Nymphéas (de l'Orangerie) offrent un panorama complet du parcours de l'artiste, et de l'évolution spectaculaire de sa touche : des "virgules" impressionnistes à la puissante liberté des années 20, ouvrant la porte aux peintres de l'abstraction.
Les étudiants ont pu, grâce à l'exercice "tâchetouche", qui consiste à choisir un très petit extrait d’œuvre (5 X 5 cm) et à l'agrandir en format A3, expérimenter le geste du peintre (touche), la charge du pinceau, le dépôt sur le support (tâche), le sens induit ... une sélection de ces "morceaux choisis" de Monet sera présentée aux prochaines journées portes ouvertes de l'école.
Sites Internet des musées :
www.grandpalais.fr
www.marmottan.com

 

06/2009 - Tous au musée ! Une sélection de Guillaume Revault-d’Allonnes,
professeur d’expression plastique

• Auguste et Camille réunis
A voir au musée Rodin, une nouvelle salle, très réussie, réunit enfin les oeuvres d'Auguste RODIN et de Camille CLAUDEL, en un passionnant dialogue artistique et amoureux : conclusion de la splendide exposition de 2008, qui montre la pertinente vitalité de ce musée autofinancé.
Le plus...
De juin  à septembre, les magnifiques rosiers du parc à la française fleurissent et offrent un écrin idéal aux bronzes du maître.
www.musee-rodin.fr

• Buren revisite Picasso
Seconde jeunesse pour l'Hôtel Salé - musée PICASSO : nouveau parcours et nouvelles pièces (boites "mises en scène", peintures de sable ...) judicieusement accompagnés d'une monumentale installation du sculpteur d'espace Daniel BUREN, perturbante et réjouissante, en point d'orgue d'une inoubliable année Picasso (avec ses trois expositions simultanées), une fête du regard qui s'achève en une contemporaine apothéose de l'esprit !
Le plus...
Tout l'été, le salon de thé dans le jardin du musée : une halte de charme au cœur du Marais, parmi les sculptures de Pablo.
www.musee-picasso.fr

• Découvrir Blake
La belle exposition du PETIT PALAIS, à compter du 2 avril, nous entraîne dans l'univers personnel de William BLAKE, visionnaire tourmenté du romantisme, fascinant graveur ... le maître anglais du chromatisme onirique, longtemps méconnu, encensé par les Surréalistes, trouve ici une reconnaissance attendue.
Le plus...
Un drink dans le sublime péristyle néoclassique, autour du beau jardin (tout récemment redessiné), mais ... avant, ou après la promenade dans les collections permanentes, pour rencontrer autour des COURBET un sublime MONET ou un très beau GAUGUIN ?
www.petitpalais.paris.fr

• 1450 : Love story en Toscane
Le moine Fra Filippo LIPPI, engagé par le Couvent de Prato pour y réaliser une peinture, dévergonde la jeune nonne Lucrezia BUTI ... un scandale qui entraînera les interventions des Médicis et du Pape, avant d'engendrer une descendance illustre : leur enfant Filippino LIPPI, entouré des peintres de l'atelier familial, GHIRLANDAIO et BOTTICELLI. L'exposition-événement du MUSEE DU SENAT replace les artistes, père et fils, au cœur de leur époque, de la révolution de la Renaissance à l'invention du Maniérisme, tout en rendant -enfin !- honneur au Modèle des peintres : un virage décisif pour l'histoire de l'art.
Le plus...
Les nocturnes du lundi et du vendredi, jusqu'à 22 heures, pour remplacer la file d'attente par une visite des fontaines du jardin du Luxembourg ... réservation par internet recommandée, cependant !
Infos, réservations et développements dans le dernier numéro de L'OEIL (très bon article, mais attention : horaires d'ouverture erronés), et sur : www.museeduluxembourg.fr

• Rares instants de bonheur...
A découvrir des oeuvres d'art sublimes ... tabernacles renaissants, en majolique de BUGLIONI (1510), en terre cuite de DONATELLO (vers 1420), et surtout en marbre doré de CIVITALI (15e siècle), où la douceur des regards émerveille, avant de s'extasier devant le poignant autoportrait de Filippino LIPPI (fresque sur pianella), heureusement prêté par la galerie des Offices à l'exposition-événement "Filippo et Filippino LIPPI" du musée du Luxembourg : INCONTOURNABLE !
Le plus...
les nocturnes du lundi et du vendredi, jusqu'à 22 heures, pour remplacer la file d'attente par une visite de la fontaine Médicis, ou pour aller saluer le buste d'Eugène DELACROIX, tout proche de sa chapelle à Saint-Sulpice et de son atelier-musée ...
Toutes les informations pratiques sur l’accès gratuit aux collections permanentes des musées et aux monuments nationaux pour les moins de 26 ans se trouvent ici : www.culture.gouv.fr

 

12/2008 : Pablo Picasso ou la révolution permanente

Picasso n’imite pas, il s’inspire… et il innove ! S’il imite, exceptionnellement, c’est très jeune, pour quelques affiches directement inspirées de Toulouse-Lautrec, un des maîtres qu’il admire déjà. Ou encore, surtout, lorsqu’il entre « en cordée » avec André Derain, où les deux peintres se copient chaque jour, se dépassent, se provoquent, car il fallait être deux, en réalité, pour inventer le cubisme.
Mais toute sa vie, seul face à la question de la peinture, Pablo s’inspire : il revient vers les plus grands, ceux qui ont fait qu’un « classique » est une valeur sûre de l’art, Ingres, Delacroix, Rembrandt, Manet, Velasquez, qu’il reprend sur un (ou plusieurs) tableau(x), pour poser à chaque fois une question essentielle, que sa seule inspiration naturaliste et méditerranéenne, immédiate dans son dessin, puissamment érotique dans ses moteurs, ne savait aborder seul…
Jusqu’où le trait, le profil, peuvent-ils métamorphoser la courbe du corps (Ingres) ? La scénographie (orientale) peut-elle briser les carcans de l’art classique (Delacroix, Matisse) ? Les évocations érotiques de la bourgeoisie peuvent-elles ouvrir de nouveaux champs d’expression (Manet, Degas) ? Le rapport au modèle est-il autre qu’érotique (Raphaël) ? Enfin, le rapport du spectateur à l’image et donc au peintre est-il si passif (Vélasquez, Les Minines)
Pas d’évolution, et si peu de « périodes » en réalité, chez Pablo : son moteur est le questionnement, la remise en question des principes même de l’acte plastique, la révolution primitive et continue ; par laquelle le Minotaure, qu’il figure au monde, dévore tout, les femmes, les galeristes, les amis, les styles et les écoles, les techniques artistiques et les ateliers luxueux, les enfants, l’argent, le monde et l’idéal.
Le même jour, il dessine classique, grave cubiste et « sculpte » un assemblage « contemporain » … échappant à toute lecture catégorisante de l’art, car il est pour lui vital, essentiel, unique de dire ce qu’est la création, cette force infinie qu’il a subie, pourchassée, criée, portée à l’espace, toute sa vie.

Trois expositions à Paris, fin 2008 :
• Grand Palais : « Picasso et les maîtres » jusqu’au 2 février 2009 ; réservation conseillée. www.grandpalais.fr
• Le Louvre : « Picasso/Delacroix »  du 8 octobre 2008 au 2 février 2009 ; (Les femmes d’Alger). www.louvre.fr
• Orsay : « Picasso/Manet » jusqu’au 1er février 2009 ; (Le déjeuner sur l’herbe). www.musee-orsay.fr

 


haut de page

Plan du site - Mentions légales - © 2010 EPMC La Ruche - Création graphique : mr cam - Conception : Sitweb concept